Un peu d’histoire …

Paul GUINOT (1884 – 1969)

Né le 13 mai 1884 à Mirecourt dans les Vosges, Paul GUINOT entre très jeune dans la vie active comme dessinateur dans une maison de broderie. Devenu aveugle à la suite d’un accident à l’âge de vingt cinq ans, il entreprend aussitôt avec succès une formation de Masseur-Kinésithérapeute.

Photo de Paul GUINOTA partir de 1916, son activité professionnelle se double d’initiatives dans le domaine associatif. Conscient de la vétusté de la législation de l’époque concernant les personnes handicapées, il concentre son action autour de deux objectifs :

  • obtenir une amélioration des textes en vigueur par voie législative ou réglementaire,
  • défendre le principe selon lequel la réinsertion par le travail doit être préférée aux mécanismes d’assistance quel que soit le niveau financier atteint par celle-ci.

Pour atteindre ses buts, Paul GUINOT va participer à la mise en place du réseau associatif autour duquel s’articule la défense des intérêts des déficients visuels.
Avant d’aborder ses grandes actions, voyons comment est née l’Institution qui porte aujourd’hui son nom.

La naissance d’une Institution

Les origines de l’Institution se situent en mars 1915. Déjà, la grande guerre avait fait ses premiers « grands martyrs », les blessés aux yeux. A l’ambulance du Casino municipal de Cannes, deux d’entre eux, le Caporal Gudefin, le Brigadier Pagenel venaient d’y être reçus. II s’agissait de faire leur rééducation au massage.
A cette époque, sous les auspices de l’Association Valentin Haüy, un premier comité dit « Pour le Bien des Aveugles », s’organise à Cannes. II avait pour Président, M. André Capron, Maire de la ville et pour premier Patronage, son Altesse la Princesse Louis d’Orléans-Bragance.
II avait pour objet immédiat de participer à l’œuvre de rééducation des aveugles de la guerre dont la détresse avait soulevé d’émotion le pays tout entier.Les premiers aveugles en rééducation à la Villa Montfleury
Très vite l’idée vint d’attirer sous « le ciel d’azur » d’autres blessés aux yeux ayant besoin de séjourner sous un climat favorable.

II est évident qu’à cet instant, les fondateurs de l’Institution n’ont pas mesuré l’ampleur de l’œuvre qu’ils entreprenaient, ni évaluer les difficultés d’une entreprise qui se limitait alors dans l’espace et dans le temps.
L’Hospice-école est alors installée à la Villa Montfleury, bien allemand séquestré, réquisitionné à cet effet par la Ville de Cannes.

La Maison des Aveugles de Cannes

Créée le 16 avril 1917, c’est l’Institution pilote pour le reclassement moral, économique et social des aveugles par la loi et jusqu’au 31 décembre 1919, plus de cent blessés aux yeux auront ainsi bénéficié de la réadaptation organisée pour eux au Centre spécialisé des aveugles sur la Côte d’Azur.
Interrompue par la fermeture de tous les Centres similaires, l’activité du Centre de Rééducation pose deux questions :L'Hospice

  1. L’immeuble, bien allemand séquestré, doit être rendu à son propriétaire ;
  2. Les 3.500 blessés aux yeux de la première grande guerre ont révélé au monde la cécité et ses angoisses. Tous les problèmes qui y sont relatifs sont maintenant connus.

Des milliers d’autres victimes civiles ont besoin d’une même assistance : des enfants qu’il faut éduquer, des adultes ayant besoin d’être réadaptés, des vieillards plus ou moins abandonnés, n’ayant d’autre refuge que l’hospice.

 L’Etablissement Professionnel et Climatique d’Aveugles

Au 1er janvier 1920, le Centre de Rééducation des Aveugles de guerre ferme ses portes et une œuvre nouvelle lui succède : c’est l‘Etablissement Professionnel et Climatique d’Aveugles (E.P.C.A.) dont l’activité prolongera celle entreprise sous la formule initiale : La Maison des Aveugles de Cannes. Il est transféré provisoirement et jusqu’en 1925 à la Villa Ruel, propriété du Bazar de l’Hôtel de Ville.
Ainsi, depuis 1920, l’EPCA réalise une œuvre qui lui a valu, dès 1928, la reconnaissance d’utilité publique.
Au contact des blessés aux yeux réadaptés à la vie utile, les aveugles civils admis à l’E.P.C.A. prennent conscience de la médiocrité de leur condition et mesurent l’abandon dans lequel la collectivité sociale les tient.
A l’instigation de son Directeur, Paul GUINOT, l’E.P.C.A. découvre sa véritable vocation, d’autant qu’à l’Union qu’ils ont créée dès 1918, les blessés aux yeux disposent de la force morale indispensable à la mise en jeu du mot de Clemenceau « Ils ont des droits sur nous. »
A l’exemple des blessés aux yeux, les aveugles civils prendront conscience de leur devoir vis-à-vis d’eux-mêmes et réclameront de la solidarité, l’aide sociale qui leur est due. C’est ainsi que l’E.P.C.A. devient le creuset des idées nouvelles suivant quoi, les principes anciens de la bienfaisante charité feront place à la fraternité sociale. Dès lors, la vocation nationale de l’institution s’affirmera dans une action générale que ses animateurs intituleront : la Grande Mission.

LA GRANDE MISSION

Ainsi, Paul Guinot a contribué personnellement à la création, au plan national, de la Fédération des Aveugles de France, de la Confédération Française pour la Promotion Sociale des Aveugles et des Amblyopes (CFPSAA) et, au plan international, de l’Organisation Mondiale des Aveugles.
Cette lutte, pour une meilleure insertion des personnes handicapées visuelles dans la société, se poursuivra sans discontinuer jusqu’à son décès en 1969 puisque, jusqu’au bout, il exercera ses activités, notamment à la tête de l’Association qui porte désormais son nom.
A ce titre, il conçoit, au début des années 1960, la réalisation du Centre de Formation Professionnelle pour Aveugles et Malvoyants de Villejuif, destiné à prendre le relais des locaux parisiens inadaptés aux nouveaux besoins apparus.
Cette présence durant cinquante années dans tous les mouvements engagés en faveur des personnes handicapées visuelles a fait de Paul GUINOT l’une des figures les plus marquantes dans ce domaine où il est unanimement reconnu comme un pionnier et un novateur efficace.